Art martial ou sport de combat?

Bien que, théoriquement, le but ultime de tous les arts martiaux soit de mener à la voie, il n'en demeure pas moins qu'un art martial est aussi un art de défense. Son efficacité en combat réel pourra cependant varier grandement selon le mode d'entraînement et les buts visés. On peut échelonner cette efficacité sur une échelle qui va de la compétition sportive légère qui protège ses participants de toute égratignure jusqu'au combat corps à corps nécessaire aux besoins militaires. L'aspect militaire est vaste. Chaque pays développe son style particulier souvent en fonction du tempérament de ses hommes. Mais, peu importe les moyens, les buts sont les mêmes : assurer la survie de ses soldats. On peut y apprendre la défense contre un ou plusieurs adversaires, l'élimination de sentinelles, travail devant se faire rapidement et le plus souvent en silence. On peut passer ensuite à un aspect moins lourd, mais tout aussi important : la survie urbaine. La sécurité dans les grandes villes devient de plus en plus difficile à assurer. Les attaques au coin des rues sont maintenant des faits divers ne prenant plus aucune place dans les journaux. Si les faits sont banalisés, il n'en demeure pas moins qu'il est important pour ceux qui y sont impliqués de survivre sans séquelle à ce nouveau modèle de guerre.

Que ce soit à des fins militaires ou pour la survie urbaine, ce ne sont pas tous les modes d'entraînement qui pourront accorder la victoire à ceux qui sont impliqués. Les modes d'entraînement orientés vers la compétition sportive sont malheureusement les plus défavorisés. La compétition sportive est une bonne activité. Elle développe chez les participants de bons réflexes, une bonne vitesse, une obligation de s'entraîner qui ne laisse pas beaucoup de place à la paresse. Tout cela, c'est bien, mais cela se situe au niveau du premier triangle. La compétition a aussi sa contrepartie négative. Elle ne tient plus compte de la réalité de la défense : en contact léger, elle crée l'automatisme d'arrêter les coups afin de ne pas blesser l'adversaire. Elle emprunte du temps d'entraînement sur le temps consacré à la compréhension réelle des arts martiaux. Elle donne l'illusion d'une efficacité et d'une puissance que ne possède pas réellement l'art martialiste sportif. L'étudiant qui s'engage sur la voie sportive devrait être informé par ses professeurs de toute l'implication martiale, physique et psychologique que cette voie implique. Est-ce qu'il fait de la compétition parce que ça l'attire ou parce que qu'il n'a pas le choix pour passer ses ceintures? En fait-il pour lui-même ou pour faire plaisir à ses professeurs, ses amis, sa famille? La raison première des compétitions n'est que trop souvent monétaire. Beaucoup de groupes organisent ces tournois dans le but unique d'amasser quelques milliers de dollars rapidement, facilement, et qui ne paraîtront jamais nulle part. Heureusement, ce n'est pas l'apanage de tout le monde. Certains les organisent avec la sincérité de donner un défi à leurs étudiants.

Quels sont les avantages de la compétition ? Pour beaucoup, apprendre à perdre. L'apprentissage de la vie se fait par nos expériences, qu'elles soient positives ou négatives. Apprendre à affronter et à surmonter un échec n'est pas facile; dans cette optique, la compétition peut amener l'étudiant à développer sa persévérance. La compétition est un stimulus merveilleux, ayant cependant trop souvent des répercussions négatives sur l'Ego. Malheureusement peu de gagnants sortent intacts de cette confrontation avec leur orgueil. Des victoires successives les amènent à surestimer leurs capacités, ce qui leur est trop souvent fatal dans une confrontation réelle. Le combattant sportif réalise souvent trop tard que la défense de la rue ne se fait pas selon les règles des compétitions de combat. Son adversaire n'est pas régulier, il ne se gêne pas pour utiliser des attaques sournoises à des endroits du corps non prévus dans les règlements, pour utiliser tous les objets pouvant lui apporter la victoire. Un des points marquants de la défaite de plusieurs ceintures noires en défense dans la rue est leur incapacité à faire mal à leur adversaire. Ils ont l'impression que leurs frappes n'ont aucune puissance, que leur adversaire a une capacité d'encaisser supérieure au commun des mortels. La compétition sportive crée chez ses participants l'automatisme d'arrêter les coups. L'habitude du contrôle des distances est devenue un réflexe conditionné où le corps réagit indépendamment de la volonté. Les points en compétition sont la plupart du temps comptés si le poing touche la cible, même si l'angle et l'alignement des os sont incorrects. En situation de rue, l'art martialiste sportif garde le même automatisme de toucher à l'adversaire sans cependant avoir la mécanique suffisante pour contrer l'attaque adverse. Il frappe l'adversaire avec une puissance de 20 % à 40 % par rapport à ce qu'il pourrait donner si son entraînement était orienté plutôt vers la rue. Les combats de compétition ne tiennent pas toujours compte de la réalité du coup frappé pour obtenir le point vainqueur. Trop souvent, les points obtenus le sont lorsque le corps de l'attaquant est complètement en déséquilibre. L'attaquant est penché vers l'arrière pour esquiver l'attaque de son adversaire, lance son bras vers les côtes de ce dernier, réussit ainsi à le toucher pour finalement obtenir le point victorieux. Les juges arrêtent alors le combat afin de vérifier le bien-fondé du coup frappé. Un, deux et trois, le point est accordé. La réalité est tout autre. Dans un combat réel, ce coup n'aurait probablement eu aucune répercussion sur l'issue du combat. L'alignement des os inexistant et l'impossibilité de donner une puissance de frappe suffisante dans cette position ne pourraient en aucune façon affecter la respiration de l'agresseur. Au contraire, l'habitude de frapper en position d'un tel déséquilibre ne peut que laisser place à des ouvertures pour l'assaillant. L'art martialiste sportif trouve normal de donner un coup de pied au visage à son adversaire. Traditionnellement, les coups de pieds ne dépassaient jamais la hauteur du plexus. Plus haut, ce serait s'exposer à offrir des cibles faciles et à se retrouver en situation de déséquilibre. Les coups de pied en dojo se font sur un sol régulier, sans obstacle; il n'en est pas de même dans la rue où un simple petit caillou peut nous faire perdre un combat dont les conséquences peuvent se révéler plus douloureuses qu'en compétition. Il est donc important pour le pratiquant de réaliser que son efficacité sportive n'est pas un gage de sécurité totale dans la rue.

De plus en plus de combats se terminent par l'utilisation d'arme blanche. Il faut être de plus en plus entraîné à passer d'un combat à main nue à un combat où la connaissance de techniques de défense contre arme est indispensable. Le pratiquant doit parfois choisir son temps d'entraînement entre le sport ou l'efficacité contre différentes situations de survie urbaine. Ces deux aspects des arts martiaux ont leurs raisons d'être, mais la décision de pratiquer l'un ou l'autre doit être prise en toute conscience des avantages et des inconvénients de chacun de ces choix.

L'équilibre de nos quatre aspects

Les triangles: une compréhension schématisée des arts martiaux

 

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