Une drôle de rencontre

 
 

J’avais déjà un dojo depuis plusieurs années lorsque l’on a ouvert un dojo dans la ville de Québec au Centre Mgr Marcoux. Un charmant petit dojo, complètement sur tatamis. Chaque dojo dégage une énergie qui lui est propre. Ce dojo n’échappait pas à la règle. Il dégageait une énergie très positive. Je pense que tous ceux d’entre nous qui ont eu la chance de s’entraîner à ce dojo, ont pu constater l’influence qu’il projetait sur chacun de nous. Certains dojos dégagent de l’énergie plus positive que d’autres. Ce dojo, qui avait vu passé beaucoup d’arts martialistes avant nous, en aurait long à raconté.


Toujours est-il qu’à cette époque, j’avais déjà pris un ou quelques séminaires de kuatsu avec un bon ami à moi, Alain Gauthier. Alain est l’un des meilleurs arts martialistes que je connais. Il est noir dans plusieurs styles, et possède une compréhension de ce qu’il fait, compréhension qui est bien loin au-dessus de la plus part des gens qui pratiquent les arts martiaux. Je désirais cependant pousser un peu plus loin ma quête des kuatsu. À l’époque, il n’y avait pas vraiment de livre sur le sujet au Canada. On oublie internet qui en était encore à ses balbutiements. Bref, rien à faire pour trouver ce que je cherchais.


Une bonne journée je reçois un appel téléphonique à la maison. Un charmant monsieur du nom de Marcel Stocker désirait me rencontrer. Ce monsieur dont j’ignorais même l’existence, désirait me rencontrer la journée même. De façon habile il a réussi à s’inviter chez moi, ce qui est un tour de force pour un étranger. Le monsieur, un homme sur la fin de la soixantaine,  début soixante dix, arrive à la maison. Je lui offre un café. Il sort un petit pot de maxwell house en me disant qu’il ne buvait que de cette marque-là. Ça vous donne une idée du personnage.


Il était l’un de ceux qui avaient introduit le judo et le ju jutsu au Canada. On a tendance à oublier qu’il a fallu que quelqu’un amène ces arts martiaux dans notre pays avant de les pratiquer. Les hommes comme lui sont des pionniers qui ont osé partager leurs savoirs, à une époque où ouvrir un dojo ne pouvait pas vraiment faire vivre son homme. M. Stocker était un homme qui aimait parler et je prenais plaisir à l’écouter. Notre relation était pricipalement philosophique avant d’être technique. Je suis allé à sa demande, à quelques reprises chez lui, pour le simple plaisir de discuter. Par la suite, je l’ai invité à quelques reprises au Centre Mgr Marcoux afin que mes étudiants puissent avoir la chance de rencontrer ce personnage. Il n’enseignait plus depuis plusieurs années, il était content de se retrouver à nouveau sur le tatami. Il nous a fait des démonstrations de brise chute qui était impressionnant de la pars d’un homme de son âge. Je parlais de la fin de la soixantaine, mais c’était peut-être un peu plus que soixante-dix ans. Je pense qu’il avait le besoin de léguer certaines connaissances avant de mourir et que nous nous sommes trouvés sur son chemin à ce moment-là.


Il possédait un judo et un ju jutsu qui datait d’avant l’ère moderne axée sur la compétition. Il nous a enseigné plein de petits parallèles sur comment se faisait telle projection anciennement versus la façon moderne. Il nous a enseigné également plusieurs petites variations sur les brises chutes, étranglement et autres. Bref, il nous a enseigné des techniques d’une autre époque. La cerise sur le gâteau, il m’a enseigné certains des kuatsus que je désirais connaître depuis longtemps.


Pourquoi il m’avait contacté et pourquoi il m’avait choisi pour partager ses connaissances, je ne le saurai jamais. Je n’avais jamais senti le besoin de lui demander. Je le regrette aujourd’hui, j’avoue que cela m’intrique.


Bernard









                                                                                                          
Les_chemins_de_letrange.html
 

Le dojo du centre Mgr Marcoux