L'équilibre de nos quatre aspects

Les mandalas Tibétains nous enseignent que quatre aspects principaux doivent être développés pour faire de nous des arts martialistes accomplis. Quatre facettes nécessaires afin d'accéder sainement à un niveau supérieur des arts martiaux : l'étudiant, le professeur, l'exécutant et le créateur. Notre esprit, ou notre âme, est le centre de ces quatre aspects. Donc, on ne parle pas ici d'éléments ou de personnes extérieures qui nous corrigent et qui nous guident, mais bien de notre capacité personnelle à nous autogérer, à nous autocritiquer. Ces quatre aspects de notre personnalité ne doivent pas se limiter uniquement à notre apprentissage martial. Notre quotidien doit alimenter notre formation martiale qui ne doit en aucun cas se limiter au dojo. Le guerrier a le monde comme dojo. Il ne faut pas oublier la signification du mot dojo : Lieu où l'on pratique la voie.

L'étudiant

Notre première responsabilité en tant qu'art martialiste est d'apprendre. L'étudiant qui est en nous a le devoir de l'apprentissage, de la mémorisation de tout ce que nos professeurs nous enseignent. Il doit pouvoir nous discipliner à nous rendre à nos cours même si le coeur n'y est pas toujours. Il doit nous donner le goût d'acquérir de nouvelles connaissances, la soif de découvertes. Maître Masaaki Hatsumi disait que le jour où quelqu'un arrête d'apprendre, il est mort. On ne parle pas ici de mort physique, mais d'une stagnation où l'on a cessé de prendre part à l'évolution de notre être; on ne fait qu'exister.Notre aspect étudiant doit nous amener à acquérir le maximum de nouvelles connaissances possible de façon neutre, sans aucune discrimination. Le tri des informations pourra se faire plus tard. En résumé, l'étudiant qui est en chacun de nous a la responsabilité de tout l'apprentissage dont nous sommes capables. Il est la soif d'apprendre. Le problème est qu'il a souvent tendance à vouloir acquérir plus de connaissances qu'il n'est capable d'en assimiler.L'aspect étudiant a jusqu'à un certain point la responsabilité de nos relations avec les autres arts martialistes. Les ceintures noires ont souvent tendance à vouloir montrer leurs compétences plutôt que d'écouter humblement ce que les autres pratiquants ont à dire. Le ceinture noire qui a un bon aspect étudiant n'éprouve pas le besoin de démontrer ses qualités d'art martialiste; il ne ressent pas le besoin de prouver ses capacités. Il partage ses connaissances, en prenant conscience que, même s'il connaît les mêmes choses que la personne avec laquelle il discute, cette dernière peut lui apporter un point de vue ou un angle différent qui lui permettra d'évoluer. On reconnaît souvent le bon étudiant à sa soif discrète d'apprendre, à sa patience et à son assiduité au dojo. Il laissera rarement tomber l'entraînement au profit de festivité entre amis.

Le professeur

L'aspect professeur est celui qui enseigne, celui qui transmet la connaissance, non pas à autrui, mais à soi-même. Le professeur en nous est la façon de s'approprier les connaissances, de les digérer, les analyser et d'interpréter l'information reçue. Le professeur doit s'assurer de comprendre les techniques afin d'éviter la robotisation mécanique de l'art. Il doit veiller à corriger toutes les techniques que son aspect étudiant accumule. Il a la responsabilité de la compréhension globale des techniques, ainsi que de la façon dont les techniques peuvent être adaptées pour le corps dont il est responsable. Le professeur est également celui qui décidera du choix des techniques à utiliser. Celles qui peuvent permettre à l'art martialiste d'obtenir son potentiel maximal.Son sens développé de la réalité permet à l'adepte d'arts martiaux d'identifier toutes les sources d'apprentissage qui passent souvent inaperçues à la plupart des arts martialistes. Il choisit les modes d'entraînements nécessaires à la bonne évolution martiale du pratiquant. Le professeur est celui qui a la maturité. Il a la responsabilité du bon fonctionnement du corps physique du pratiquant. Il veille à une saine alimentation, à un mode de vie qui favorise le plein épanouissement de l'être. Il est responsable de maintenir un bon équilibre psychologique et émotionnel. Celui qui a un bon aspect professeur est capable de découvrir les facettes cachées des katas ou des techniques que nous ont légués les vieux maîtres. Attention de ne pas confondre le vrai professeur de celui qui ne fait que photocopier ce qu'il a appris sans comprendre toute la richesse de ce qu'il a entre les mains. Celui qui enseigne sans avoir développé son aspect professeur ne fait qu'amener l'étudiant à imiter ses techniques. On revient à la vieille histoire de la dame qui coupait son jambon en deux pour le faire cuire. Quand on lui demandait pourquoi elle le coupait en deux, elle répondait qu'elle avait toujours vu sa mère procéder de la sorte. La mère elle-même donnait la même réponse croyant ajouter ainsi du goût au mets lors de la cuisson. Lorsque l'on posa la même question à la grand-mère, elle répondit simplement que son chaudron était trop petit pour faire cuire le jambon et que c'est pour cette raison qu'elle devait le couper en deux.

L'exécutant

Une compréhension intellectuelle des techniques n'est pas suffisante pour assurer notre protection dans la réalité de la rue. Notre aspect exécutant est celui qui met en pratique toute l'information accumulée. Son efficacité est étroitement reliée aux autres aspects. L'exécutant est celui qui pourra exceller aussi bien en compétition que dans la rue. S'il est suffisamment développé, c'est également celui qui, à l'occasion, pourra activer les autres aspects par son insatisfaction, sa soif de s'améliorer. Son efficacité résulte directement de l'entraînement du corps. Avec le professeur, il sera chargé du bon fonctionnement du corps physique. C'est également lui qui pourra, par exemple, effectuer avec précision et efficacité un point de pression requérant force et précision. Il a le devoir d'essayer de développer une dextérité qui soit digne d'un chirurgien. Le bon exécutant est celui qui donnera suffisamment de confiance à l'art martialiste, afin que cette confiance impressionne l'adversaire au point qu'il n'ait plus envie de se battre.

Le créateur

À partir de toutes ces données, il est permis de commencer à développer de nouvelles techniques, de nouvelles connaissances qui, tout en demeurant toujours réalistes et logiques, pourront à leur tour être enseignées et léguées aux autres arts martialistes. Cet aspect permet aux autres facettes de s'épanouir en leur fournissant de nouvelles données. Souvent, cet aspect permettra de rompre la monotonie d'un entraînement en solitaire. Le créateur est celui qui pourra trouver de nouvelles applications aux techniques contenues dans les katas traditionnels. Il pourra aider à inventer de nouvelles formes d'entraînement afin de répondre au besoin toujours plus exigeant de l'exécutant. Si nécessaire, il pourra fournir du matériel pour assouvir les besoins des autres aspects. Le créateur est capable d'admirer et d'apprécier le travail fait par les autres arts martialistes. L'art martialiste doit chercher à améliorer également ces différents aspects afin d'être le plus complet possible. Le kick boxer est avant tout un exécutant. Bien sûr, son aspect étudiant est sollicité, il a d'abord enregistré et ensuite mis en pratique tout ce que son entraîneur lui a enseigné. Dans ses combats, il doit surtout se fier à l'exécutant qui est en lui. Son entraîneur remplace ses aspects professeur et créateur. C'est l'entraîneur qui décèlera les points faibles et décidera des nouvelles stratégies à utiliser. Qu'advient-il de l'art martialiste lorsque la trentaine est atteinte. Les autres aspects sont-ils suffisamment développés pour permettre à l'art martialiste d'atteindre un haut niveau? Le karatéka qui a su créer des katas pouvant se classer aisément dans les compétitions a un aspect créateur et exécutant développé. Mais, jusqu'à quel point les techniques utilisées dans le kata sont-elles réalistes? Est-ce que le professeur a eu la compétence de suivre le créateur? Est-ce que l'étudiant a eu la volonté de faire plus de recherche afin de vérifier la crédibilité de ses techniques? Une autre catégorie d'arts martialistes resteront des étudiants toute leur vie, essayant de collectionner et d'apprendre le plus grand nombre de techniques possibles, leur permettant de passer des degrés rapidement sans même comprendre cinquante pour cent des connaissances qu'ils ont acquises.

Si on compare ces quatre aspects aux roues d'une voiture, il faut que les quatre soient de grosseur égale afin d'aller le plus loin possible. Il est important, si on est honnête envers nous-mêmes, de ne pas se laisser aller au jeu facile de passation de degrés si nos quatre aspects ne sont pas équilibrés. En Occident, l'aspect étudiant est largement dominant chez les ceintures noires. Malheureusement, l'aspect professeur n'est pas suffisamment développé. Les arts martialistes cumulent kata sur kata, techniques sur techniques sans réellement s'occuper de l'aspect réaliste de ce qu'ils collectionnent.

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